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Les critiques du spectacle à Minnéapolis


Les critiques du spectacle à Minnéapolis


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Opera News August 2006

IN REVIEW
ST. PAUL — Joseph Merrick, the Elephant Man, Minnesota Opera, 13/05/06

Bravo to Minnesota Opera for presenting the American premiere of Laurent Petitgirard’s opera Joseph Merrick, the Elephant Man. With its haunting, poignant score and its provocative, skillfully woven libretto by Eric Nonn, Elephant Man has the distinct feeling of a modern classic. The story of the hideously deformed Englishman Joseph Merrick (1862–90), who spent the last years of his life in residence at London’s Whitechapel Hospital, is familiar to many via Bernard Pomerance’s Broadway play and David Lynch’s 1980 film. Petitgirard and Nonn’s richly composed realization of Merrick’s life presents few obvious heroes or villains. Tom Norman, the sideshow presenter — sung impressively for Minnesota Opera by tenor Theodore Chletsos in a showy yet dignified performance — exploits Merrick’s deformity for financial gain but offers him genuine kindness and respect (not to mention employment). In Christopher Schaldenbrand’s compelling characterization, Dr. Treves — the physician who insists that Merrick be hospitalized for his own good — is initially insensitive to Merrick’s human side, maintaining a clinical focus on his condition. Later, a newly empathetic Treves manages to convince Carr-Gomm, the stern, budget-minded hospital director (sung with powerful resonance by bass-baritone Seth Keeton) to run a newspaper ad appealing for charity on Merrick’s behalf.

Merrick himself was sung rivetingly by countertenor David Walker, whose every unearthly utterance transcended his abject circumstances. (Petitgirard composed the role for contralto voice but told this writer that Walker’s versatility of timbre and communicative power won him over.)

Merrick’s high-society patrons are depicted as far more monstrous than he. This point was driven home magnificently by La Colorature, who showed up in full diva regalia and delivered a freakish, impossibly high virtuoso aria, oscillating maniacally across the interval of a minor seventh. Soprano Mary Wilson giddily knocked off this terrifying number as if she were having the time of her life. This was a perfect contrast to Alison Bates’s vocally vibrant yet emotionally understated portrayal of Mary, Merrick’s affectionate nurse.

For this production, Doug Varone, the director and choreographer, enlisted his eight-member troupe, Doug Varone and Dancers, to provide an ongoing silent, visual dialogue with Walker’s Merrick. The dancers created a mood-establishing pantomime in the opening moments of the opera, turned the entr’acte into a lilting ballet and added texture to certain scenes with nothing more than a graceful entrance.

Varone’s decision to abandon any disfiguring makeup to portray Merrick’s deformity — a device similar to that used in the original Broadway production of the Pomerance play — seemed questionable at first. By not having to confront extreme physical ugliness, the audience was let off the hook, in one sense: we could easily see Merrick’s inner beauty — why couldn’t everyone else? As the opera progressed, however, and the focus remained on Merrick’s interior life, as embellished by his interactions with the dancers, Walker’s physical embodiment, with his long mane of brown hair and limping gait, emerged as the right choice.

Petitgirard’s lush, enveloping melodies (at least four of which I could walk out humming) are based mostly on the octatonic scale, a series of alternating whole and half-steps that forms an eight-note scale, as opposed to the seven-note scales of the standard major and minor modes. The result echoes Petitgirard’s great predecessors Ravel and Poulenc, and the sumptuous chorale-prayer for the patients at the hospital is a not-too-distant cousin of Fauré’s “Pavane” (and just as gorgeous). Varone’s choreography made its most profound impact here, as the dancers, with consummate balletic grace, find themselves alternately drawn to and repelled by Walker’s Merrick. This is a breathtaking scene — profound and universal — and at the end, one could have heard a pin drop in St. Paul’s Ordway Center. The May 13 performance, expertly conducted by Antony Walker, had an impressive level of polish and ensemble for the opening night of a challenging new work.

JOSHUA ROSENBLUM





OPERA NEWS août 2006

ST.PAUL – “Joseph Merrick dit Elephant Man”, Minnesota Opéra,13/05/06

Bravo à l'opéra du Minnesota d’avoir présenté la première américaine de l'opéra de Laurent Petitgirard « Joseph Merrick dit Elephant Man ».

Avec sa partition intense et poignante, son livret provocateur et habilement tissé d'Eric Nonn, « Elephant Man » a les caractéristiques d'un classique moderne. L'histoire de Joseph Merrick (1862-90), cet homme anglais horriblement déformé qui a passé les dernières années de sa vie à l'hôpital Whitechapel de Londres, est connue de tous grâce à la pièce de Bernard Pomerance présentée à Broadway mais également grâce au film de David Lynch (1980).

La réalisation richement colorée de Petitgirard et de Nonn de la vie de Merrick présente un panel de héros ou de méchants caractéristiques.

Le personnage de Tom Norman, présentateur de l’attraction - chanté pour l'opéra du Minnesota de façon impressionnante par le ténor Theodore Chletsos dans une interprétation extravertie mais digne - exploite la difformité de Merrick pour des raisons financières mais, dans le même temps, lui témoigne affection et respect (sans parler de l’emploi qu’il lui procure).

Dans la convaincante interprétation de Christopher Schaldenbrand, le Dr. Treves (le médecin qui insiste sur le fait que Merrick doit être hospitalisé pour son bien), est au tout d’abord peu sensible au côté humain de Merrick, focalisant sur son état clinique.

Plus tard, Treves devenu compatissant parviendra à convaincre Carr-Gomm, le rigoureux directeur de l’hôpital obsédé par le respect du budget (chanté avec un timbre puissant par le baryton-basse Seth Keeton) de lancer dans un journal un appel à charité sur le nom de Merrick.

Merrick lui-même a été chanté intensément par le contre-ténor David Walker, dont chaque expression sublime a transcendé l’état physique abject du personnage. (Petitgirard a composé le rôle pour la voix de contralto mais a indiqué à cet auteur que la souplesse et la puissance communicative du timbre de Walker l’avaient emballé).

Les mécènes de Merrick issus de la haute société sont dépeints comme bien plus monstrueux que lui.

Cet aspect a été mis en évidence magnifiquement par La Colorature, se présentant telle une diva couverte d’honneurs, qui a dominé un terrifiant air de virtuosité, avec des aigus à la limite de l’impossible, oscillant constamment entre des intervalles de septième mineur.

La soprano Mary Wilson s’est emparée de ce morceau de bravoure d’une façon étourdissante, comme s’il s’agissait du rôle de sa vie.

C'était un contraste parfait avec le portrait vibrant et à l’émotion contrôlée qu’Alison Bates a tracé de Mary, l’infirmière attentionnée proche de Merrick.

Pour cette production, Doug Varone, metteur en scène et chorégraphe, a engagé les huit danseurs de sa troupe, Doug Varone and Dancers, pour apporter un dialogue silencieux et visuel continu au Merrick de Walker.

Les danseurs ont créé une sorte de pantomime avant le début de l'opéra, ont transformé l'entracte en ballet expressif et ont ajouté la texture à certaines scènes avec une simple apparition pleine de grâce.

La décision de Varone d’abandonner tout maquillage défigurant pour dépeindre les difformités de Merrick – le même principe a été utilisé dans la production originale de Broadway de la pièce de Pomerance - semblait contestable au premier abord. N’étant pas confronté à l’extrême laideur physique, le public n’était dans un sens pas accroché : Nous pouvons facilement voir la beauté intérieure de Merrick, pourquoi les autres ne la voient pas ? Cependant, au fur et à mesure de la progression de l’opéra, et alors que l’on se concentrait sur la vie intérieure de Merrick, comme embellie par ses interactions avec les danseurs, l'incarnation physique de Walker, avec sa longue crinière de cheveux bruns et sa démarche boiteuse, est apparue comme le bon choix.

Les riches et prenantes mélodies de Petitgirard (dont je pouvais en chantonner au moins quatre en sortant) sont basées la plupart du temps sur la gamme octatonique, une série alternative de tons et de demi-tons qui forme une gamme de huit notes, par opposition aux gammes de sept notes des modes principaux majeurs et mineurs.

Le résultat fait écho aux grands prédécesseurs de Petitgirard, Ravel et Poulenc, et le choral "Prière des Malades" est un cousin pas trop éloigné de la "Pavane" de Fauré (et tout aussi magnifique).

La chorégraphie de Varone donne son impact le plus profond lorsque les danseurs, avec une élégance maîtrisée, se trouvent alternativement tirés et repoussés par le Merrick de Walker. Lors de la scène finale à couper le souffle, profonde et universelle, on aurait pu entendre une épingle tomber dans le St.Paul Ordway Center.

La représentation du 13 mai, dirigée en expert par Antony Walker, a atteint un niveau impressionnant de finition et de cohésion pour la première de cette exigeante nouvelle œuvre.

JOSHUA ROSENBLUM