| NICE'S
REVIEWS |
 |
LE MONDE 04.12.02
" Elephant Man", ronde tragique autour
de l'homme-objet
L'œuvre de Laurent Petitgirard est créée à Nice,
trois ans après son enregistrement.
Nice de notre envoyée spéciale
Tout le monde a gardé en mémoire les images
cruelles, dérangeantes, du film de David Lynch, Elephant
Man, sorti en 1980. Joseph Merrick, atteint d'une maladie
aujourd'hui connue sous le nom du syndrome de Protée
(révélée par des tests ADN récemment
pratiqués sur son cadavre), y incarnait l'archétype
du monstre des temps modernes. Prisonnier de son corps difforme,
tour à tour phénomène de foire, spécimen
scientifique, objet de compassion et coqueluche de la bonne
société, Elephant Man finissait par mourir à 27
ans pour avoir voulu "dormir comme un homme" en
posant sa tête trop lourde sur un oreiller.
L'Elephant Man de Laurent Petitgirard n'est pas non plus
un inconnu : enregistré en 1999 aux éditions
Le Chant du Monde, il a cependant attendu trois ans avant
d'être porté à la scène le 7 février
2002 à Prague (dans le cadre du Festival du Printemps
de Prague), puis, en France, à l'Opéra de Nice.
Musicalement, le sujet semble avoir quelque peu contaminé une
partition qui prend çà et là sur le
plan formel des allures d'éléphant dans un
magasin de porcelaine (la reprise systématique du "da
capo" dans la plupart des scènes devient vite
lassante).
Mais l'œuvre sonne bien, met en valeur l'orchestre et
les voix, se meut avec aisance entre post-romantisme, prosodie
française dans la tradition de Poulenc et harmonies
chorales fauréennes – ainsi la fameuse "cadence
fauréenne" fleurira-t-elle d'abondance dans la
belle "prière des malades" qui clôt
l'acte II, et dont le thème reviendra joué par
le violon solo au moment de la mort d'Elephant Man.
Soutenu par le compositeur au pupitre, le jeu des musiciens
de l'Orchestre philharmonique est généreux
et emporte l'adhésion (beaux solos des vents à partir
de l'acte II), de même que le Chœur de l'opéra
qui fait preuve de justesse et d'homogénéité.
Si l'on n'a malheureusement que peu l'occasion d'entendre
le timbre chaleureux d'Elsa Maurus en infirmière chef
(Eva Lückes), la jeune Valérie Condoluci campe
une Mary émouvante et se sort bien d'un rôle
difficile. (On se demandera cependant jusqu'à la fin
pourquoi elle est affublée d'une robe si ostensiblement
fendue sur le côté.)
UN MONSTRE EN JUPON
C'est à la mezzo tchèque Jana Sykorova que
revient de créer sur scène le rôle tenu
au disque par Nathalie Stutzmann. Un Elephant Man en jupon
manquant peut-être de bronze dans les notes graves,
mais qui possède une couleur vocale très agréable
et un vibrato serré. La scène ultime sera magnifique
de présence. Si Magali Léger manque d'aisance
en colorature de service, elle compense par sa prestance
physique. Quant à la distribution masculine, rien
que des voix déjà gravées au disque
: Robert Breault (Tom Norman) résistant aux périls
d'une tessiture tendue, Nicolas Courjal (Carr Gomm), convaincant
en fausse statue du Commandeur, et, surtout, le Docteur Treves,
de Nicolas Rivenq, baryton soigné, à la diction
intelligible et au phrasé nuancé.
Composée comme une ronde, la mise en scène
de Daniel Mesguich tourne autour de l'homme-objet monstrueux,
qui finira par se dédoubler pour mieux se voir et
en mourir de chagrin et de solitude. Costumes d'époque
victorienne, lumières "londoniennes" et
décor semi-figuratif achèvent de donner la
réplique à un spectacle qui se laisse non seulement
voir agréablement mais écouter avec plaisir.
Marie-Aude Roux
Joseph Merrick dit Elephant Man, opéra en 4 actes
de Laurent Petitgirard sur un livret d'Eric Nonn. Avec Jana
Sykorova (Elephant Man), Nicolas Rivenq (Docteur Treves),
Robert Bréault (Tom Norman), Valérie Condoluci
(Mary), Frédéric Pineau (décors et costumes),
Patrick Méeüs (lumière), Daniel Mesguich
(mise en scène), Chœur de l'Opéra de Nice,
Orchestre Philharmonique de Nice, Laurent Petitgirard (direction).
Opéra de Nice, le 3 décembre.
OPERA INTERNATIONAL, January 2003
NICE
Joseph Merrick dit Elephant Man
Petitgirard
Jana Sykorova (Elephant Man) - Nicolas Rivenq (Dr. Treves)
Robert Breault (Tom Norman) - Valérie Condoluci (Mary)
Elsa Maurus (Eva Lückes) - Nicolas Courjal (CarrGomm)
Magali Léger (La Colorature) - Mari Laurila-Lili (Jimmy)
Laurent Petitgirard (dm) - Daniel Mesguich(ms)
Frédéric Pineau (dc)
Opéra, 3 décembre
Joseph Merrick (1862-1890) était atteint de la "maladie
de Protée" : des excroissances de chair défiguraient
son visage et boursouflaient son corps. Après avoir été exhibé dans
les foires, il fut pris en charge par un médecin et
devint une célébrité jusqu'à son
suicide. Son existence tragique a inspiré une pièce
jouée à Broadway, une comédie musicale
donnée il y a deux ans à Londres, et un film
signé David Lynch, joué par John Hurt, John
Gielgud, Anne Bancroft et Anthony Hopkins, en 1980.
Aujourd'hui, Eric Nonn pour le livret, et Laurent Petitgirard
pour la musique, consacrent à "ElephantMan" un
opéra en quatre actes qui défend le droit à la
différence : "Je ne veux plus vivre dans le regard
des autres", dit le pauvre "monstre". L'histoire
commence dans les rues de Londres, où Merrick est
exhibé, pour se poursuivre à l'hôpital,
dont il devient la vedette.
La mise en scène très réussie de Daniel
Mesguich confond les deux mondes en un onirisme puissamment
suggestif. Les décors de Frédéric Pineau évoquent
d'abord une ruine urbaine à la Piranèse pour
faire ensuite de l'hôpital un théâtre
victorien, où les malades sont autant d'acteurs qui
se contorsionnent. Les éclairages raffinés
de Patrick Méeùs suggèrent les brouillards
complices de Jack l'Eventreur.
La partition (enregistrée en 2000 chez Le Chant du
Monde), très évocatrice, fait alterner les
scènes intimistes, où Elephant Man, vu d'abord
en ombre chinoise, est à lui-même un sujet d'horreur,
avec des choeurs composés des passants, puis des malades.
Dans un lyrisme à la Fauré, les choristes expriment
une mélancolie poignante ("C'est un jour comme
les autres ") et lancent à Dieu une prière
désespérée. Sous la direction du compositeur,
l'Orchestre Philharmonique de Nice révèle toutes
les nuances d'une partition qui s'engage contre les diktats
de la "normalité".
La mezzo tchèque Jana Sykorova prête sa belle
voix grave à Merrick, dont elle donne une image sensible
et touchante. Nicolas Rivenq campe avec autorité le
docteur Treves, tan-dis que Robert Breault incarne le flamboyant
Tom Norman, le "Silver King" qui exploite Merrick
comme une attraction foraine.
La gracieuse Valérie Condoluci est Mary, l'infirmière
compatissante, curieusement habillée d'une jupe fendue
sur la cuisse bien peu victorienne. Elsa Maurus fait une
trop brève apparition, et Nicolas Courjal prête
sa prestance au directeur de l'hôpital. Magali Léger
en diva et Mari Laurîla-Lili en gamin des rues complètent
une distribution des plus convaincantes.
Bruno Villien
Süddeutsche Zeitung
Samstag, 7.12.2002
Im Staub geboren
Laurent Petitgirards Oper „Elephant Man“ an der
Oper von Nizza
Der Ansturm auf das sichtbar in die Jahre gekommene Opernhaus
von Nizza war gewaltig. Jede Menge Prominenz, allen voran
der Bürgermeister, der anschließend
zum Empfang lud und das Projekt sozusagen zur Chefsache erhob. Seit dreißig
Jahren hat es hier keine neue Oper mehr gegeben, obgleich sich kaum ein angenehmerer
Ort dafür denken lässt. Der Strand in Sichtweite, das Klima auch im
Dezember noch sommerlich, die Restaurants ausgezeichnet.
Streng genommen fand die Uraufführung bereits im Frühjahr in Prag statt.
Doch der Komponist Laurent Petitgirard will davon nichts wissen. Die Darbietung
habe in keiner Weise seinen Vorstellungen entsprochen, weshalb er nun in Nizza
eine zweite Uraufführung ansetzte. Einen Teil des Gesangsensembles, insbesondere
Jana Sykorova in der Hauptrolle, hat er gleichwohl übernommen. Es verwundert
nicht, dass Petitgirard um seine erste große Oper so besorgt ist. Denn
er hat alles so angelegt, dass sein Musiktheater sowohl den erfahrenen Opernbesucher
als auch ein Massenpublikum anspricht.
Innovativ, aber schmerzfrei
Zwischen traditioneller Oper und Musical besetzt Petitgirard mit seinem „Elephant
Man“ eine Lücke, die erst einmal als Chance verstanden werden muss.
Die Gefahr, dass sich sowohl Klassikfans als auch Musical- Begeisterte abwenden,
ist gleichwohl eher gering. Die Geschichte ist hinreichend aktuell, die Musik
gleichermaßen gefällig und anspruchsvoll. Mitunter hört man den
Filmkomponisten Petitgirard heraus, der virtuos mit Bildern und Stimmungen hantiert,
den kurzen Augenblick gestaltet und sich erst dann um größere Zusammenhänge
und übergreifende Dramatik kümmert. Deshalb übernimmt das Orchester – obwohl
die Sänger stets präsent sind – die Führungsrolle. Petitgirard
leistete hier Erstaunliches. Er beherrscht den instrumentalen Apparat so sicher,
dass er die Gradwanderung zwischen innovativer Klangästhetik und schmerzfreier
Melodik mühelos schafft. In den Arien und den chorischen Einlagen ist er
dem Musical allerdings oft näher als der ernsten Oper.
Da hätte die Regie und das Bühnenbild einiges retten können, doch
Regisseur Daniel Mesguich trug eher dazu bei, die Vorbehalte zu bestärken.
Seine verstaubten Bildvorstellungen und Bewegungsabläufe wirkten arg provinziell.
Und er schaffte es auch nicht, aus dem historischen Stoff Dringlichkeit zu ziehen.
Dabei könnte die Geschichte des geschundenen, zur Schau gestellten Krüppels
durchaus zeitlos aktuell wirken. Allein die Frage, wie man als vermeintlich Gesunder
das Andersartige, Abweichende einschätzt und wie man damit umgeht, wäre
spannend genug.
Die historische Gestalt des Joseph Merrick, alias Elephant Man liefert dafür
ausreichend Material. Wie dieser geistig durchaus voll zurechnungsfähige,
verwachsene Mann in die Fänge der Medizin gerät, wie er sich daraus
befreit und lieber wieder im Zirkus auftritt, wo er nicht schlimmer erniedrigt
wird als im Hörsaal, im Gegensatz dazu aber seinen Lebensunterhalt selbst
verdienen kann.
Der Librettist Eric Nonn und der Komponist Laurent Petitgirard weichen diesen
moralischen Fragen keineswegs aus, im Gegenteil. Mitunter stellten sie die Problematik überdeutlich
in den Vordergrund. Vielleicht hat sich der Regisseur deshalb mit der Rolle des
szenischen Erfüllungsgehilfen begnügt: Sein ganzes Engagement galt
historisch korrekten Kostümen, hölzernen Buden und einem hübschen
Zirkuswagen. Dazu viel Rauch oder Staubwolken – so genau konnte man das
nicht unterscheiden.
Entscheidend für die letztlich gelungene Aufführung waren das hervorragend
disponierte Opernorchester von Nizza unter der Leitung des Komponisten sowie
ein handverlesenes Gesangsensemble. Jana Sykorova glänzte in ihrer Hosenrolle
als Elephant Man, beeindruckte trotz Gesichtsmaske und üppiger Kostümierung
auch darstellerisch. Was insbesondere im dritten und vierten Akt gehörige
Anstrengung verlangte. Nicolas Rivenq und Robert Breault hatten ebenfalls genug
Spielraum und ein paar prächtige Arien, um sich wirkungsvoll in Szene zu
setzen. Weniger geschmackvoll dagegen: die hysterischen Koloraturen von Magali
Léger. Petitgirard wollte hier aber bewusst dem Hörer auf die Nerven
gehen, wie er sagt, und das hat er mit dieser Partie auch bravourös geschafft.
Am Ende blieb dennoch ein starker Eindruck. Allein die Tatsache, dass die Oper
drei Stunden lang trägt, ohne je langweilig zu werden, ist bemerkenswert.
Inzwischen gibt es den „Elephant Man“ in einer hervorragenden CD-Einspielung
(MFA LDC 2781139.40), mit Nathalie Stutzmann in der Hauptrolle und dem philharmonischen
Orchester Monte Carlo, gleichwohl würde man Petitgirards Opern-Musical einmal
in einer anspruchsvolleren Inszenierung als in Nizza sehen wollen.
Helmut Mauro
Süddeutsche Zeitung 07/12/2002
Né de la poussière
L’opéra Elephant Man de Laurent Petitgirard à l’opéra
de Nice
L’opéra de Nice qui porte visiblement son âge fut pris d’assaut.
Il y avait là grand nombre de personnalités, à leur tête
M. le Maire qui donna à la fin une réception, élevant ainsi
le projet au rang d’une sorte d’affaire d’état. Depuis
trente ans, il n’y avait plus eu de création d’un opéra,
alors que l’on ne peut guère s’imaginer de cadre plus agréable
pour un tel événement : la plage toute proche, le climat quasi
estival en plein mois de décembre, les excellents restaurants.
La première mondiale à proprement parler eut lieu à Prague
au début de l’année. Mais le compositeur Laurent Petitgirard
n’en veut rien savoir, car à son avis cette représentation
n’avait en rien répondu à son attente, ce pourquoi il avait
choisi Nice pour une deuxième création. Il a toutefois repris une
partie des chanteurs, notamment Jane Sykorova pour le rôle principal. Rien
d’étonnant à ce que Petitgirard se préoccupe tant
de son premier grand opéra ; car en le composant, il a tout fait pour
que son théâtre musical attire tout autant l’amateur d’opéra
averti que le grand public.
Innovateur, mais indolore
Entre l’opéra traditionnel et la comédie musicale, Petitgirard
comble avec son Elephant Man une lacune dans laquelle il faut en fait voir une
chance. Toutefois, le risque de déplaire aussi bien aux passionnés
de la musique classique qu’aux fanatiques du musical, est assez faible.
Le sujet est d’actualité, et la musique est plaisante et exigeante à la
fois. Parfois on croit entendre l’auteur de musique de films Petitgirard
qui jongle de manière virtuose avec images et ambiances, qui dépeint
le moment fugace, pour s’occuper ensuite seulement des contextes plus vastes
et de la trame dramatique. C’est pourquoi l’orchestre – malgré l’omniprésence
des chanteurs – joue le premier rôle. C’est là que Petitgirard
réussit des choses étonnantes. Il maîtrise l’appareil
instrumental d’une main si sûre qu’il établit sans peine
le périlleux équilibre entre esthétique sonore innovatrice
et travail mélodique indolore. Toutefois, dans les airs et les interventions
du chœur, il est souvent plus proche de la comédie musicale que de
l’opéra à proprement parler.
La mise en scène et les décors auraient pu atténuer quelque
peu ces réserves ; mais le metteur en scène Daniel Mesguich a plutôt
contribué à les renforcer. Son imagerie poussiéreuse et
le mouvement qu’il a imprimé à l’action relevaient
d’un fâcheux provincialisme. Il n’a pas réussi non plus à rendre
présente l’histoire vraie de l’estropié brimé,
exposé aux foules, un thème qui aurait pu se présenter d’une
actualité intemporelle. Déjà la seule question de savoir
comment nous autres, les présumés sains, évaluent et traitent
ce qui est différent, ce qui diverge, aurait mérité une
réponse.
Le personnage historique de Joseph Merrick, alias Elephant Man, fournit à cet
effet matière abondante. Voilà un homme difforme, psychiquement
tout-à-fait normal, qui tombe entre les mains des médecins dont
il finit par se libérer, préférant être à nouveau
montré dans l’arène du cirque où il ne subit pas de
pire rabaissement que dans l’amphithéâtre de la faculté,
mais où du moins il gagne lui-même sa vie.
Le librettiste Eric Nonn et le compositeur Laurent Petitgirard n’esquivent
nullement cette question d’ordre moral ; tout au contraire mettent-ils
parfois ce problème ostensiblement au premier plan. C’est peut-être
pour cette raison que le metteur en scène s’est contenté du
rôle d’auxiliaire scénique : tout son engagement s’était
tourné vers des costumes historiquement corrects, des baraques foraines
en bois et un joli char de cirque. Avec ça, beaucoup de fumée ou
de nuages de poussière, on ne savait trop quoi.
Si la représentation pouvait tout-de-même être considérée
comme réussie, on le doit à l’orchestre de l’opéra
de Nice, remarquablement disposé, sous le direction du compositeur, et à un
ensemble vocal de choix. Jana Sykorova brillait, aussi bien en tant qu’actrice,
dans son rôle de travesti, malgré son masque et ses costumes luxuriants,
ce qui lui demandait de gros efforts surtout au troisième et au quatrième
acte. Nicolas Rivenq et Robert Bréault avaient également assez
de marge de manœuvre et quelques beaux airs, pour pouvoir se mettre efficacement
en valeur. De moins bon goût par contre étaient les coloratura hystériques
de Magali Léger. Si l’on en croit Laurent Petitgirard, c’est à dessein
qu’il voulait par là même " taper sur les nerf " de
l’auditoire, ce qu’il a réussi avec bravoure.
En fin de compte, l’œuvre a laissé une forte impression. Le
seul fait que l’opéra tient ses trois heures, sans jamais sombrer
dans l’ennui, est remarquable. Il existe dès à présent
un excellent enregistrement sur CD (MFA LDC 2781139.40) avec Nathalie Stutzmann
dans le rôle titre et l’orchestre philharmonique de Monte Carlo.
On aimerait cependant voir un jour l’opéra-comédie musicale
de Petitgirard dans une mise en scène plus exigeante que celle de Nice.
Helmut Mauro
CLASSICA, February 2002
Le bonheur, enfin!
Il fallait se rendre plus au Sud pour renouer avec les plaisirs lyriques. Pas
de doute pour nous : Elephant Man de Laurent Petitgirard (en création
française à Nice) est l'opéra français le plus accompli
que la scène lyrique hexagonale ait vu naître depuis Le Château
des Carpathes de Philippe Hersant (1992).
Connu jusque-là par le disque, l'ouvrage de Petitgirard fonctionne parfaitement à la
scène au point même de s'enflammer ! La mise en scène de
Daniel Mesguich, vue à Prague au Printemps dernier, sert ses rouages et
use d'un concept de théâtre dans le théâtre tout à fait
approprié.
Les chanteurs sont habilement dirigés (Nicolas Rivenq, dans le rôle
du Docteur Treves, domine la distribution), et évoluent dans un décor
de pure poésie, noyé dans les brumes de l'Angleterre victorienne.
Mais c'est pour la musique de Petitgirard que l'on est venu : on savait le compositeur
mélodiste-né (La Prière des malades ou l'air de la colorature
sont de véritables tubes), mais la variété de ses harmonies
et de ses coloris d'orchestre maintiennent une qualité et une tention émotionnelle
constantes. Bravo !
Jérémie Rousseau
OPERA GAZET Gepubliceerd op 7/12/2002
"
JOSEPH MERRICK DIT ELEPHANT MAN"Opera in vier bedrijven van Laurent Petitgirard
(muziek) en Eric Nonn (libretto). Wereldcreatie in de Staatsopera te Praag op
7 februari 2002. Bezochte Franse première in de Opéra de Nice op
29 november 2002.
De naam Joseph Merrick klinkt zeker niet onbekend gezien het toneelstuk van Bernard
Pomerance en de film van David Lynch. Vanaf nu zal deze naam zeker en vast ook
de nodige bekendheid krijgen bij het operapubliek en dit na de wereldcreatie
in de Praagse Nationale Opera, het verschijnen van een CD opname bij Harmonia
Mundi en vooral door de schitterende uitvoeringen nu gebracht door de Opera van
Nice. Het feit dat dit werk een formidabel succes genoot bij deze creatie in
Frankrijk en rekening houdend dat het lokale publiek te Nice meestal het gebruikelijke
repertoire aangeboden kreeg, bewijst dat dit werk een plaats moet kunnen krijgen
op het repertoire van de grotere operahuizen. Wij durven gerust zeggen dat dit
werk muzikaal één der beste is van wat wij de laatste jaren hoorden.
Het leven van de ongelukkige, misvormde Joseph Merrick, die overal ontweken werd,
bij diverse werkgevers ontslagen werd en die tijdens medische onderzoeken volledig
naakt een massa geneesheren en journalisten diende te trotseren, spreekt iedereen
aan. Tenslotte voelde hij zich nog het meest op zijn gemak als attractie bij
een circusgezelschap. Hij stierf reeds op zevenentwintigjarige leeftijd, waarschijnlijk
door zelfmoord te plegen. Eénmaal wilde hij gewoon op zijn rug slapen,
maar het gewicht van zijn misvormd hoofd deed zijn halswervels breken met het
fatale gevolg.
De componist zelf dirigeerde zijn werk, wat ook reeds het geval was te Praag
bij de wereldcreatie. Teneinde de verstaanbaarheid van de tekst te garanderen
gebruikte hij voor elke lettergreep maar één noot. Het Orchestre
Philharmonique de Nice gaf een perfecte uitvoering van Petitgirard's partituur
en deelde verdiend in de eindeloze ovaties van de stampvolle zaal bij het slot.
In de titelrol gaf de Tsjechische mezzo Jana Sykorova een aangrijpende vertolking
ten beste. Deze rol werd inderdaad voor een vrouwelijke vertolkster geschreven
om het ongewone personage van Joseph Merrick te accentueren. De rol van Doctor
Treves die zich over zijn speciale patiënt ontfermt, was een kolfje naar
de hand van de bariton Nicolas Rivenq, die reeds een uitgebreid repertoire heeft
opgebouwd. Tom Norman, die zich als showman eveneens het lot van Merrick aantrekt,
werd op magistrale wijze vertolkt door de vooral in de USA actief zijnde tenor
Robert Breault. Deze zanger heeft een doordringende soepele stem met bovendien
een probleemloze hoogte. De sopraan Valérie Condoluci in de persoon van
de verpleegster Mary slaagde erin bij de ongelukkige titelfiguur een soort verliefdheid
op te wekken. In kleinere partijen werd nog uitstekend werk gelevered door de
sopraan Elsa Maurus, de bas Nicolas Courjal en de coloratuursopraan Magali Leger,
beschikkend over een kristalheldere en schier oneindige hoogte. De fantastische
regie van Daniel Mesguich, bijgestaan door decors en kostuums van Frédéric
Pineau evenals de sfeervolle belichting van Patrick Méeüs, stuurden
ons terug naar het Londen dat wij kennen uit film en literatuur. Het verschijnen
van Jack the Ripper, Sherlock Holmes of Charles Dickens op de scène zou
ons waarschijnlijk niet zijn opgevallen.
De directie van de Opera van Nice zou eigelijk een extra voorstelling van dit
werk moeten inlassen, voorbehouden aan Europese operadirecties en regisseurs.
De eersten omdat zij dit werk zouden leren kennen en de anderen om eens te kijken
hoe een regie zou moeten uitgevoerd worden.
Dit seizoen brengt de opera van Nice nog een rariteit uit het barokgenre: Antonio
Vivaldi's "Rosmira fedele" en dit op 21, 23 en 25 maart 2003.
W.V.
OPERA GAZET (PAYS-BAS) December 7th, 2002
JOSEPH MERRICK DIT ELEPHANT MANOpéra en quatre actes de Laurent Petitgirard
(musique) et Eric Nonn (livret). Création mondiale à l’Opéra
national de Prague le 7 février 2002. Franc succès pour la première
française, à l’Opéra de Nice, le 29 novembre 2002.
L'histoire de Joseph Merrick, sorti de l’anonymat depuis la pièce
de Bernard Pomerance et le film de David Lynch, sera désormais mieux connue
des amateurs d’opéra. Joseph Merrick dit Elephant Man, créé pour
la première fois à l’Opéra national de Prague il y
a moins d’un an, existe au disque chez Harmonia Mundi. Il est aujourd’hui
présenté dans une version époustouflante à l’Opéra
de Nice. L’accueil formidable qui lui a été réservé lors
de sa création en France, devant un public niçois pourtant habitué à des œuvres
plus conventionnelles, montre bien qu’il mérite d’être
inscrit au répertoire des grandes maisons d’opéra.
Nous n’hésiterons pas à affirmer qu’il s’agit
là, musicalement parlant, de l’une des meilleures œuvres que
nous ayons eu à entendre au cours de ces dernières années.
La vie du malheureux Joseph Merrick nous interpelle: cet être difforme,
fui de tous, congédié par divers employeurs, soumis complètement
nu à des examens médicaux sous le regard impitoyable d’une
foule de médecins et de journalistes, fut peut-être, en fin de compte,
le mieux dans sa peau lorsqu’il servit d’attraction dans un cirque.
Il mourut à l’âge de vingt-sept ans et l’on ignore si
ce fut ou non un suicide. Toujours est-il qu’il voulut un jour dormir sur
le dos: sa tête énorme fut entraînée en arrière
par son poids et ses vertèbres cervicales se rompirent.
La direction de l’œuvre était assurée par son compositeur,
comme ce fut aussi le cas lors de la première mondiale, à Prague.
Pour garantir l'intelligibilité du texte, Petitgirard n’a jamais
mis plus d’une syllabe par note. Devant une salle comble, l’Orchestre
philharmonique de Nice a donné une exécution parfaite de la partition
et a reçu sa part bien méritée d’applaudissements
lors des longues ovations qui ont salué le final.
La mezzo tchèque Jana Sykorova était on ne peut plus émouvante
dans le rôle-titre, écrit pour une interprète féminine
afin d’accentuer l’étrangeté du personnage de Joseph
Merrick. Le rôle du Docteur Treves, qui prend pitié de son étrange
patient, convient à merveille à Nicolas Rivenq, un baryton ayant
déjà un large répertoire à son actif. Tom Norman,
qui exploite Merrick comme une attraction foraine, est interprété d’une
manière magistrale par le ténor Robert Bréault, surtout
présent sur les scènes américaines. Ce chanteur est doté d’une
voix extrêmement souple et très à l’aise dans les aigus.
La soprano Valérie Condoluci, dans le rôle de Mary, l’infirmière,
réussit à éveiller une compassion proche de l’amour
pour le malheureux personnage central. Les rôles secondaires sont extraordinairement
bien servis, notamment par la soprano Elsa Maurus, la basse Nicolas Courjal et
la soprano colorature Magali Léger, dont la voix cristalline semble ne
pas connaître de limites dans le registre le plus aigu. La superbe mise
en scène de Daniel Mesguich, les décors et les costumes de Frédéric
Pineau et les éclairages de Patrick Méeüs nous plongent dans
un univers londonien qui nous rappelle tel film, tel livre…, de sorte que
l’apparition sur scène de Jack l’Éventreur, de Sherlock
Holmes ou de Charles Dickens ne nous surprendrait pas outre mesure.
La direction de l’Opéra de Nice devrait programmer une présentation
supplémentaire de cette œuvre à l’intention exclusive
des directeurs d’opéras et des metteurs en scène européens.
Les premiers, pour qu’ils découvrent cette œuvre de premier
plan; les seconds, pour qu’ils prennent une leçon de mise en scène.
Signalons que l’Opéra de Nice a également programmé cette
saison une œuvre du répertoire baroque très rarement jouée:
Rosmira Fedele d’Antonio Vivaldi, les 21, 23 et 25 mars 2003.
W.V.
AMADEUS (Roma) 02/2003
La tragedia dell' Uomo Elefante
Linguaggjo tradizionale e realizzazione dl buona
qualità per il lavoro dl Petitgirard all'Opéra di Nizza
Lunghi applausi han-no accolto Joseph Merrick dit "EIephant Man", prima
opera di Laurent Petitgirard su libretto di Eric Nonn andata in scena all'O-péra
di Nizza la scorso novembre.
Rappresen-tata in prima mondiale lo scorso febbraio al l'opera di Stato di Pra-ga,
era anche già ap-parsa in cd (Le Chant du Monde) nel 1999. La vicenda
umana di Merrick, nota al gran-de pubblico grazie al film di David Lynch del
1980, ha tornito a Nonn lo spunto per un libretto di notevole impatto emotivo
incen-trato sui temi del dop-pio e dell'emarginazio-ne del diverso.
Il soggetto, tratto da una storia vera, narra la vita di un uomo di estrema sensibilita
pri-gioniero di un corpo re-so mostruoso da una rara malattia dege-nerativa.
Iniziaimente esibito come fenome-no da baraccone, viene poi condotto in ospedale
dove, studia-to come un animale raro, diviene allo stes-so tempo oggetto di compassione
e perso-naggio alla moda, beniamino dell'alta società vittoriana. Mer-rick
morirà suicida a 27 anni pe aver voluto realizzare il suo sogno di normalità: "dormir
comme un homme", e appoggiare la sua te-sta troppo pesante su un cuscino
per la pri-ma e l'ultima volta.
Su questa trama Petit-girard ha compiuto un atto di coraggio fir-mando, alla
fine del XX secolo, una partitura decisamente tonale in linea con quella tradi-zione
post-romantica francese che ebbe in Poulenc e Fauré gli ultimi grandi
protago nisti. Il lavoro è piace-vole all'ascolto, in grado di valorizzare
l'orchestra e le voci, un po' troppo lungo (la ripresa sistematica del da capo
di quasi ogni scena ne ha messo troppo in risalto la sta-ticita), ma testimonia
un'incontestabile invenzione melodica e un reale talento nell'u-tilizzo dell'orchestra,
condotta verso impasti timbrici e coloristici di grande efficacia.
Per sottolineare il sen-so di estraniamento e di difformità il ruolo del
protagonista è stato affidato al registro di contralto drammatico, che
Jana Sykorova ha saputo rendere con buone doti vocali e di recitazione. Tra gli
altri interpreti Si segnalano Robert Breault (Tom Norman), Nicolas Rivenq (dottor
Treves) e la giovane ma effica-cissima Valérie Coldo-luci (Mary). Equilibrio
e omogeneita anche da parte del Coro del Teatro diretto da Giulio Magnanini e
dell'Or-chestra Filarmonica di Nizza guidata dallo stesso compositore. La regia
di Daniel Mesguich, i costumi vittoriani di Frédéric Pineau e le
luci di Patrick Méèus hanno contribuito alla creazione di un'ambienta-zione
in piena armonia con il testo musicale.
Marco Cabutto
LA LETTRE DU MUSICIEN January 2003
"Elephant Man" en création française à Nice
Après la création mondiale à Prague en février dernier,
la pre-mière en France de Joseph Memck dit Elephant Man, premier opéra
de Laurent Petitgirard, avait lieu à l'Opéra de Nice. Après
l'enregistrement réalisé avec le Philharmonique de Monte-Carlo
(Chant du monde), l'ouvrage fut donné au cours de deux soirées
qui firent salle comble (Harmonia Mundi les a captées et en fera un DVD).
Le compositeur et son librettiste Fric Nonn ont choisi de trai-ter les thèmes
du double, de l'intolérance et de la solitude qui, portés sur scène,
prennent une ampleur dramatique étonnan-te: le public devient l'acteur
muet d'un voyeurisme magistralement orchestré.
La mise en scène de Daniel Mesguich se glisse dans les teintes brumeuses
et moites de l'Angleterre victorienne, déplaçant avec naturel un
décor circulaire magnifique (Frédéric Pineau) et animant
une kyrielle de portraits saisissants. Le "théâtre dans le
théâtre", thème cher au metteur en scène, se
laisse dompter par la finesse des dialogues et de la musique. La direction du
compositeur donne une vie intense à cette action pointilliste. Des "tubes" sont
déjà connus, comme la Priêre des malades (choeurs homogènes
de l'Opéra), un hommage révérencieux à Fauré,
ou bien l'air "déjanté façon rock" de la colorature
(Magali Léger, fantastique de présence et prenant de véritables
risques pour sa voix). La partition résout le dilemme d'une écri-ture
de notre temps, d'une tonalité libre de toutes contraintes esthétiques,
et d'une véritable émotion.
Du côté de la distribution, on retient en premier lieu Jana Syko-rova,
créatrice du rôle à la scène qui porte sur ses épaules,
dans tous les sens du terme, l'intelligence et le désespoir de Joseph
Merrick. Le baryton Nicolas Rivenq est un Docteur Treves au timbre magnifique
et d'une élégance touchante; la jeune Mary, Valérie Condoluci,
joue parfaitement le registre de la sensuali-té et la pudeur de la femme-enfant.
Enfin, Robert Breault est Tom Norman, inénarrable bateleur. Une grande
oeuvre vient de s'ajouter au répertoire contemporain. Elle ne demande
qu'à respirer sur d'autres scènes. (29 novembre)
Stéphane Friédérich
Nice Matin
Dimanche 1er Décembre 2002 -
"
Elephant man " crée l'événement à l'opéra
de Nice
Jouée pour la première fois en France, la création de Laurent
Petitgirard a rallié tous les suffrages
Quelque chose de beau, de grand, d'émouvant, s'est produit samedi sur
la scène de l'opéra de Nice : la création en France d' "Elephant
man" de Laurent Petitgirard. Il y a trente ans que n'avait eu lieu la création
d'un nouvel opéra sur cette scène. L'événement se
déroula en présence de personnalités politiques, du monde
des arts et de la culture (1).
Le sujet de l'opéra était celui de l'homme monstrueux que l'Angleterre
exhiba dans un cirque au XIXe et dont David Lynch fit naguère un film.
Porté par un excellent livret d'Eric Nonn, Laurent Petitgirard a déployé sa
musique, comme une vague sombre qui vous entoure, vous cerne, vous envahit et,
au bout du compte, vous laisse une impression de douceur. Elle nimbe d'humanité cette
histoire tragique. Elle nous apporte une grande, une incommensurable surprise
: dans le monde de l'opéra moderne, il y a encore des compositeurs qui
savent faire chanter les chanteurs ! Oh ! point de bel canto ici, mais une manière
de "théâtre chanté" qui s'inscrit dans la descendance
des grands compositeurs français de Debussy à Poulenc.
Distribution haut de gamme
La prière des malades du deuxième acte, qui fait penser à Fauré,
restera un morceau d'anthologie.
Un reproche, un seul : les accents toniques de certains mots n'ont pas été respectés,
déformant alors, ponctuellement, le rythme de la langue française.
Côté mise en scène, un extraordinaire travail a été réalisé.
Daniel Mesguish s'est imposé par sa force d'émotion et d'invention.
Un monde inhumain se déchire sous nos yeux. C'est la société ?
C'est le théâtre ? C'est le théâtre de la société ?
Nous sommes tous des "Elephant men" potentiels. Les motifs d'exclusion
ne sont pas que physiques !
Les interprètes furent dignes d'une distribution internationale : la contralto
Jana Sykorova qui, après deux heures de maquillage, entre dans la peau
du hideux héros, Nicola Rivencq, le docteur, Valérie Condoluci, émouvante
infirmière, Magali Léger, exubérante colorature, ou encore
Robert Bréault, Elsa Maurus et Nicolas Courjal. Le choeur fut admirable.
L'orchestre également, exalté par la présence du compositeur à sa
tête. Laurent Petitgirard nous a prouvé hier à Nice, sous
le regard du monde lyrique français et étranger, que grâce à des
auteurs tels que lui, l'opéra moderne est encore vivant !
La mise en scène, puissante et émouvante, est signée Daniel
Mesguish.
André Peyregne
Prochaines représentations : aujourd'hui dimanche
14 h 30, mardi 20 h.
1. On remarquait notamment : Jacques Peyrat, sénateur-maire, Muriel Marland-Militello,
député, Pierre Lafitte, sénateur, Michel Decoust, inspecteur
au ministère de la Culture, Hugues Gall, directeur de l'Opéra de
Paris, Mgr Bonfils, évêque de Nice, Jean-Marie Fournier, directeur
de la salle Gaveau à Paris, en présence également des chroniqueurs
musicaux de la télévision, Eve Ruggieri et Alain Duault, du compositeur
Christian Manen, de l'écrivain Raoul Mille, etc.